Fordham Law


Les menaces qui pèsent sur Goldman Sachs restent floues

Annemarie McAvoy in Les Echos (France), April 27, 2010

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Les répercussions de la plainte de la SEC pour fraude sur Goldman Sachs sont multiples, mais leur portée est encore difficile à déterminer, qu'il s'agisse de l'impact sur sa notoriété, ses clients, ses dirigeants, ses activités ou sa santé financière.
VIRGINIE ROBERT, Les Echos

DE NOTRE BUREAU DE NEW YORK.

Il est difficile d'évaluer aujourd'hui les conséquences qu'aura le maelström judiciaire et médiatique que traverse Goldman Sachs. Les plus pessimistes évoquent un scénario à la Drexel Burnham Lambert, la cinquième banque d'investissement américaine qui a fait faillite en 1990 après un délit d'initiés. Les plus optimistes s'interrogent d'abord sur les conséquences en termes d'image, à l'instar de John Dorfman, président de Thunderstorm Capital. « Si Goldman perd contre la SEC [Securities and Exchange Commission, NDLR], elle aura peut-être à payer une amende substantielle. Mais beaucoup de sociétés, comme Microsoft ou les grandes compagnies de tabac, ont eu des revers juridiques et s'en sont remises », écrivait-il hier dans sa chronique pour l'agence Bloomberg. Pour Annemarie McAvoy, professeur de droit à l'université de Fordham, à New York, les premiers dégâts sont avérés. « Avant même que l'on connaisse l'issue des plaintes et enquêtes contre Goldman Sachs, les dommages sont importants pour la banque. Son action a chuté, sa réputation a été ternie et elle risque de perdre des clients. » Déjà, une banque allemande a fait savoir qu'elle ne pourrait plus travailler avec la firme. Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a demandé à la Financial Services Authority d'enquêter sur la banque, et le gouvernement allemand s'interroge sur l'opportunité d'une action.

Les analystes financiers ont commencé à évaluer l'impact que pourrait avoir la plainte de la SEC. Brad Hintz, chez Sanford C. Bernstein, estime que le scénario du pire - un accord juridique négocié entre Goldman Sachs et la SEC -impacterait son bénéfice net à hauteur de 706,5 millions de dollars. Ce n'est pas négligeable mais pas majeur non plus, si l'on se souvient que Goldman Sachs a enregistré un bénéfice net de 3,3 milliards de dollars au premier trimestre. De son côté, Chris Kotowski, d'Oppenheimer & Co. estime que « Goldman est vulnérable à d'autres plaintes ainsi qu'à des amendes très importantes ». Richard Bove, chez Rochdale Securities, envisage quant à lui les départs forcés du PDG, Lloyd Blankfein, et de son directeur financier, David Viniar. A New York, les cabinets d'avocats se refusent à discuter publiquement des affaires de Goldman. Personne ne veut irriter davantage la banque ou faire du tort à un client impliqué. « Appelez ça "Wall Street United" », ironise un observateur.
Plainte en nom collectif

L'enquête de la SEC devrait se terminer par une transaction. C'est une plainte au civil qui peut se solder par une amende. Au pire, Fabrice Tourre, le seul trader à être nommément cité dans la plainte, pourrait se voir interdire de travailler dans la finance, indique un avocat. Pour l'instant, le département de la Justice n'a pas déposé de plainte au pénal. Mais on dit que le bureau du Sud de Manhattan mène sa propre enquête - une information qui n'est pas publique. Cette hypothèse serait beaucoup plus lourde de conséquences qu'une plainte au civil. En attendant, une nouvelle plainte en nom collectif a été déposée hier auprès d'une cour de Manhattan par un actionnaire.

Les auditions qui se tiennent aujourd'hui à Washington devant un comité du Sénat enquêtant sur le rôle des banques d'investissement pendant la crise sont, a priori, sans conséquence directe pour la banque, mais vont avoir, par ricochet, un effet très important. « Elles sont à hauts risques pour Goldman », insiste Annemarie McAvoy. C'est pour la SEC l'opportunité d'observer la défense de la banque. Le comportement des élus pendant le témoignage des dirigeants de la banque aura aussi une influence en termes d'image. Tout cela peut, enfin, contribuer encore à durcir la réforme de la régulation financière qui doit être votée par la chambre haute. « C'est peut-être finalement le risque le plus important pour les affaires de Goldman Sachs », estime Annemarie McAvoy.